Œuvres d’art & dégradation du papier

Les causes de vieillissement naturel du papier

Le papier présente naturellement dans sa composition des éléments qui, en vieillissant, se dégradent et participent à la fragilisation des œuvres. Le papier est essentiellement constitué de fibres de cellulose. Le processus naturel de vieillissement casse les molécules constituant les fibres du papier de façon lente et irréversible.

Le degré et la vitesse de détérioration dépendent d’une part de l’instabilité chimique des matériaux constitutifs et d’autre part des facteurs extérieurs de dégradation comme l’environnement, les conditions de rangement et de manipulation. Initialement, des chiffons de lin, de chanvre et de coton étaient recyclés pour fabriquer le papier.

Au milieu du XIXème siècle, l’utilisation de fibres de bois a engendré une baisse importante de la qualité du papier. Ces papiers comportent beaucoup plus d’impuretés et les fibres utilisées sont beaucoup plus courtes qu’auparavant. Il en résulte une plus grande fragilité et une moins bonne conservation dans le temps. Le nouveau procédé d’encollage à l’alun et à la colophane ainsi que l’utilisation de produits chimiques pour blanchir certaines pâtes à papier sont également responsables de cette instabilité.

Les facteurs de dégradation du papier

La température et l’humidité

Les températures élevées accélèrent la dégradation des matériaux instables présents au sein des œuvres mais également parmi les techniques graphiques. Associées à une forte humidité, elles favorisent également le développement des micro-organismes responsables de la moisissure des matières organiques. A l’opposé, les températures basses rendent le papier friable. Les écarts trop brusques de température peuvent provoquer des dégradations physiques comme des fendillements ou des décollements. De même de trop grandes fluctuations du taux d’hygrométrie provoquent des variations dimensionnelles menant également à des fendillements et des décollements, ou bien encore à des déformations.

La lumière

La lumière qu’elle soit naturelle (soleil) ou artificielle (lampe), dégage essentiellement deux types de rayonnements aussi dangereux l’un et l’autre pour les œuvres d’art :

  • Les rayons infrarouges : présents en grande quantité dans la lumière naturelle, ils produisent une élévation de la température et ont un effet desséchant sur les matériaux organiques, tel que le papier, le vieillissement sera alors plus rapide
  • Les rayons ultraviolets : présents en grande quantité dans la lumière produite par des lampes halogènes ou à fluorescence, et dans une moindre mesure dans la lumière du soleil, ils provoquent, par exemple, le jaunissement des œuvres exposées.

Les micro-organismes

Les micro-organismes susceptibles de s’attaquer aux œuvres sont des champignons (comme les moisissures) et des bactéries. Ces organismes se nourrissent des matières qu’ils dégradent. Les bactéries sont capables de dégrader de nombreux matériaux en les modifiant et les fragilisant. La plupart des moisissures se développent entre 4 et 30°C et seulement lorsque l’humidité relative dépasse les 60%. Les dégradations observées sont l’apparition de tâches indélébiles de couleurs diverses et un affaiblissement du papier, jusqu’à parfois leur destruction totale.

Les insectes

Certaines conditions sont propices au développement des insectes. Ils s’attaquent alors aux objets ou documents contenant de la cellulose pour se nourrir. Ainsi, une température et une humidité élevées, une mauvaise ventilation, un nettoyage insuffisant et irrégulier, la présence de nourriture, la mauvaise étanchéité des portes et des fenêtres, le mauvais état du bâtiment et l’intégration dans l’environnement d’objets déjà contaminés sont les principales causes de développement des insectes. Les dégradations provoquées par les insectes sont progressives et peuvent aller de simples trous épars dans les objets à leur destruction totale Les insectes utilisent les matériaux organiques pour se nourrir et pour faire leurs nids. Ils créent des dommages physiques pour déposer leur œufs (galeries), et chimiques par l’intermédiaire de leur larves. Ces dernières secrètent des substances qui dégradent la matière organique afin de la rendre comestible.

La pollution

Elle se présente sous la forme de gaz et de particules solides, toutes deux dangereuses pour les œuvres. La pollution atmosphérique est une des premières causes externes d’altération chimique. Parmi les gaz polluants les plus corrosifs présents dans l’air d’une ville, il faut citer les composés soufrés (les dioxydes et les trioxydes de souffre), les composés azotés comme l’oxyde d’azote ou encore l’ozone. Ces composants réagissent avec l’humidité de l’air et forment des composés accélérant la dégradation des œuvres, comme par exemple de l’acidité. Les particules minérales, métalliques ou organiques présentes dans l’air peuvent contribuer à catalyser certains processus de dégradation. Elles peuvent également favoriser la croissance de micro-organismes toujours présents dans l’atmosphère (pollen, spores…).

L’action de l’homme

Un certain nombre de dégradations sont liées aux mauvaises manipulations des œuvres par l’homme. Ainsi la manipulation d’un dessin d’une seule main peut provoquer des torsions, induisant l’apparition de plis sur l’œuvre. De même, deux dessins posés les uns sur les autres sans isolation provoquent des frottements et une usure de la technique graphique. Ces mauvaises habitudes risquent ainsi d’entrainer l’apparition de tâches et de déchirures. Pour finir, les consolidations ou les restaurations effectuées par des personnes inexpérimentées peuvent causer des détériorations irrécupérables.

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